Pourquoi cette fondation ?
Pour répondre à l’adversité. Ce pays subit des formes de violence depuis des siècles, sans jamais chercher à répondre, occupé qu’il est à survivre, au quotidien. Mais le fait est qu’il s’atrophie de l’intérieur, à force de prendre des coups. Il y a comme une fatalité dans son existence propre. Ne pas tirer leçon de ce qui advient – le démembrement – l’empêche pourtant de se reconstruire. Cette fondation est là pour initier un travail de mémoire, qui permette de se projeter vers des lendemains meilleurs.

L’archipel traverse une des périodes les plus sensibles de son histoire. La tragédie du Visa Balladur est le summum de sa déchéance. Les habitants de cet espace ne savent plus comment échapper au désastre annoncé. Ils ne pensent plus leur réel, se contentent de ce qui a été dit, écrit, façonné, pour eux. Le temps est peut-être venu de reprendre les éléments, qui nous ont construit par le passé, pour pouvoir imaginer l’après. Cette fondation naît en réponse au sort réservé aux milliers de victimes d’une frontière inique, tracée entre les deux rives de l’archipel par une tutelle étrangère. Elle compte ouvrir un chantier autrement plus grand autour de la mémoire, dans le but de faire revenir le sentiment d’amour pour ce pays.

Notre histoire n’a souvent été racontée que par le vainqueur. On nous présente à présent comme la résultante d’une dislocation, alors que nous pourrions continuer à figurer un archipel et sa démesure. En même temps, l’histoire n’a jamais été qu’une suite de moments plus ou moins clairs à vivre. Notre capacité à en tirer une leçon rationnelle et utile par rapport au monde qu’elle bouleverse suppose une réelle volonté de ré-appropriation de soi, de ré-appropriation de ce qui nous fonde, de retour sur nous-mêmes. Être capable d’affirmer que nous sommes cet être non pas amoindri par les événements, mais éveillé dans l’utopie de réinventer ce qui a pu échouer par le passé : là nous aurons probablement atteint notre ambition première.